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22 févr. 2010

Lire pour finir

Horreur ! Je ne lis que pour finir le bouquin !

Terrible constat ! Infame découverte !

Pour moi la lecture est un plaisir, un plaisir paradoxal étant donné que je lis pour connaître la fin, mais je ne veux pas que la lecture s’arrête.

Hors là je ne lis que pour le finir. Je ne prends pas plaisir à le lire, mon seul plaisir sera de le refermer en me disant : "c’est fini"

Et contrairement à d’habitude, cet achèvement ne sera pas teinté de la tristesse ressentie avec la fin des bonnes choses.

En d’autres circonstances j’aurais peut être aimé ce livre, mais là il nous est imposé. Quelle stupidité ! Imposer une lecture !

Il y a … une chance sur 100 pour que cette lecture aboutisse à un "bon sentiment" face à cette lecture ? Peut être moins encore.

Dans ce cas on n’a qu’une envie : finir ce livre au plus vite (dans mon cas pour passer à des lectures que j’aurais choisi).

Et c’est là qu’est la tristesse. Lire un livre sans y prendre plaisir, c’est du temps perdu ! Autant apprendre la fin tout de suite !

Mais par la force des choses – ou l’autorité professorale – nous devons perdre notre temps à le lire comme si c’était une punition.

Etrangement, le plaisir issu de la fin d’une lecture imposée – la sensation d’être libéré d’une tâche – n’est pas aussi fort que le plaisir de la fin d’une lecture agréable – pourtant teintée de tristesse – alors que la logique voudrait qu’il soit plus fort puisque sans regrets.

Je ne l’explique pas, je constate. Comme si le plaisir d’une fin n’était pas aussi fort si l’on ne ressentait pas cette sensation de vide liée au fait que l’on veuille en savoir plus. L’achèvement – la perfection ? – me semble moins intéressant à ce moment.

Mais je m’envole, je m’écarte du sujet.

Je reviens sur ma lecture. Comment peut-on permettre ceci ? Que l’on lise un livre sans avoir le plaisir de le lire. En temps normal je lis pour le plaisir de lire – je ne parle pas des rebondissements de l’histoire ou de la découverte des personnages – je lis pour la sensation, cet instant éphémère ou je sors de mon corps pour ressentir les sentiments d’autres, pour voir par les yeux d’un autre.

Plus que le plaisir de la découverte, il y a la sensation. Comme on ne boirait du vin, non pas pour le plaisir de découvrir son goût mais pour la sensation que l’on éprouve en levant son verre, en le portant à ses lèvres et en sentant le liquide rouler sur la langue avant de plonger dans les entrailles.

J’aime comparer vin et lecture car je pense qu’on peut s’enivrer d’un roman. La gueule de bois – cet état d’hébétude totale, de récupération des repères – est pour moi comparable à la sortie d’un bon livre.

Et lire un livre, juste pour le finir, serait comme vider son verre parce qu’on ne peut le refuser. Que ce soit une piquette ou un bon vin, peu importe. On nous force à le boire et on ne cherche pas à découvrir la complexité de sa saveur. On le boit pour dire qu’on l’a bu – on a accompli son devoir – mais on a tiré le plaisir de la dernière goutte parce qu’elle signifiait la fin.

Ce vin – ou ce livre – peut être une merveille, une œuvre d’art d’un éclat incroyable mais à cause de la mauvaise volonté dont on fera part, on peut très bien passer à côté. Mais la seule chose qui nous importe est que ça se termine, on apprécie la dernière goutte – page – non parce qu’elle est de ce vin – livre – mais parce que c’est la dernière.

Alors que la dernière page – goutte – est normalement appréciée car elle fait partie de l’œuvre et non parce qu’elle est la dernière, ce dernier critère laissant plutôt l’amertume d’un regret dans la bouche.

Que dire de plus ? J’imagine que vous avez compris – sinon je vous invite à boire un bon verre de vin pour vivre l’exemple – et je vais retourner à mes activités. Mais le livre est bientôt fini (généralement je ne dis pas ça aussi joyeusement) et je vais pouvoir retourner à des lectures plus agréables.

Mais à mon avis, je vais à nouveau parler des lectures "obligatoires"…

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